Interview
« Les principaux risques ne sont pas uniquement des risques de conformité. La conformité, c’est la base. »
Arnaud Ferru
Directeur Général Adjoint
Groupe Balas
Arnaud Ferru est Directeur Général Adjoint du Groupe Balas, ETI familiale et indépendante, leader en Île-de-France dans les métiers des fluides, de l’énergie, de l’enveloppe du bâtiment et des services.
Diplômé de l’ESTP, il a effectué l’essentiel de sa carrière au sein du groupe Bouygues Construction, où il a occupé pendant près de vingt ans différentes fonctions de direction dans les domaines de la finance, du contrôle de gestion, de l’audit interne et du secrétariat général.
Au sein du Groupe Balas, il supervise aujourd’hui l’ensemble des fonctions transverses de l’entreprise, notamment les achats, la finance, le juridique, l’informatique, la logistique, la qualité et les services généraux.
La conformité constitue aujourd’hui un prérequis dans la gestion des sous-traitants. Mais pour les donneurs d’ordres, les principaux défis se situent souvent ailleurs : trouver les compétences nécessaires, sécuriser les ressources et s’assurer de la capacité des entreprises à tenir leurs engagements.
Directeur Général Adjoint du Groupe Balas, Arnaud Ferru partage son regard sur les évolutions qui transforment la gestion des sous-traitants : tension sur les ressources, poids croissant de la charge administrative, critères d’évaluation des partenaires et rôle grandissant de la donnée dans la prise de décision.
Lorsque vous regardez l'évolution de la filière Construction au cours des vingt dernières années, qu'est-ce qui a le plus changé dans la manière dont les donneurs d'ordres gèrent leurs sous-traitants ?
Les obligations existaient déjà lorsque j’ai commencé ma carrière, mais elles se sont progressivement renforcées.
Dans le même temps, des outils se sont développés pour permettre aux donneurs d’ordres de gérer ces exigences. Heureusement, car il serait aujourd’hui très difficile de tout faire manuellement.
On constate également des écarts importants entre les entreprises. Certaines sont très à l’aise avec les outils et les démarches numériques, tandis que d’autres rencontrent encore des difficultés sur des démarches administratives relativement simples.
Globalement, les exigences se sont renforcées et la gestion des sous-traitants s’est progressivement structurée, mais cela reste un sujet qui mobilise beaucoup de temps et de ressources.
Selon vous, quels sont aujourd'hui les principaux enjeux dans la gestion des sous-traitants ?
Le premier enjeu est de trouver des entreprises capables de réaliser les travaux dans les délais.
Nous évoluons dans un contexte où les ressources sont sous tension. Malgré une politique active de recrutement et un recours important à l’apprentissage, nous restons limités par la disponibilité des compétences sur certains métiers.
Pour répondre à ces contraintes, nous faisons appel à deux types de sous-traitance : une sous-traitance de compétence, lorsque nous avons besoin de savoir-faire que nous ne possédons pas en interne, et une sous-traitance de capacité, lorsque nous devons compléter nos ressources pour absorber notre charge de travail.
Aujourd’hui, la principale difficulté consiste donc à trouver des entreprises capables d’intervenir et de tenir les délais attendus.
Le Groupe Balas travaille avec un réseau important de partenaires et de sous-traitants. Quelle place occupe aujourd'hui la sous-traitance dans votre modèle d'exécution des projets ?
Nous faisons une large part de nos activités en production propre et avons recours à la sous-traitance de manière relativement ciblée, à hauteur d’environ 25 à 30 % de notre activité. Malgré une politique active de recrutement et de formation — avec près de 15 % de nos effectifs en apprentissage — nous restons confrontés aux tensions qui touchent l’ensemble du secteur. Nous avons en permanence plusieurs dizaines de postes ouverts et faisons également appel à l’intérim sur certains métiers spécifiques.
Dans ce contexte, nous distinguons deux formes de sous-traitance. La première est une sous-traitance de compétence, lorsque nous faisons appel à des savoir-faire que nous ne possédons pas en interne. La seconde est une sous-traitance de capacité, qui nous permet de compléter nos ressources lorsque la charge d’activité dépasse nos capacités de production.
Quels sont les principaux risques que vous cherchez à maîtriser ?
Les principaux risques ne sont pas uniquement des risques de conformité. La conformité, c’est la base.
Ce sont des risques liés au planning, à la capacité du sous-traitant à réaliser les travaux et à tenir ses engagements.
Les équipes opérationnelles sont avant tout focalisées sur la bonne exécution des chantiers. Leur priorité est de savoir si le sous-traitant sera présent, s’il disposera des ressources nécessaires et s’il permettra de respecter le calendrier prévu.
Comment évaluez-vous aujourd'hui un sous-traitant ou un fournisseur ?
Le prix reste un critère important, mais il n’est plus le seul.
Nos équipes prennent également en compte la qualité des prestations déjà réalisées, la notation interne, la santé financière de l’entreprise, certains critères liés à la RSE ainsi que les informations de conformité disponibles.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la gestion des sous-traitants ?
La charge administrative reste très importante. Nos assistantes peuvent consacrer jusqu’à 30 % de leur temps aux demandes d’agrément et aux démarches administratives associées à la sous-traitance.
À cela s’ajoute la diversité des exigences imposées par les maîtres d’ouvrage ou les maîtres d’œuvre. Cela génère beaucoup de travail, à la fois pour nous et pour les petites entreprises avec lesquelles nous travaillons.
Quel rôle la donnée peut-elle jouer dans l'amélioration de ces processus ?
Nous sommes actuellement en train de faire évoluer notre système d’information.
L’objectif est d’intégrer directement dans notre ERP des informations aujourd’hui dispersées : données légales, statut de conformité, informations financières ou encore évaluations fournisseurs.
Le gain de temps attendu est considérable. Pouvoir consulter ces informations directement depuis une fiche fournisseur permettra d’accélérer les contrôles et de simplifier la prise de décision.
Comment voyez-vous évoluer la gestion des sous-traitants dans les années à venir ?
Je pense que les progrès viendront principalement de l’interconnexion des systèmes et de la circulation des données.
Nous disposons déjà d’un grand nombre d’informations. L’enjeu est désormais de les rendre plus accessibles, plus fiables et mieux intégrées dans les outils utilisés au quotidien.
Pour conclure, vous travaillez avec Once For All depuis de nombreuses années. Comment qualifieriez-vous cette relation ?
Je dirais d’abord une relation dans la durée. Cela fait maintenant près de vingt ans que je connais et utilise les solutions du groupe.
Je parlerais aussi de fidélité. Nous avons accompagné plusieurs évolutions au fil des années et nous continuons à travailler ensemble aujourd’hui.
Enfin, je retiendrais la co-construction. J’ai toujours pris le temps de participer aux ateliers d’échange et aux démarches d’amélioration continue. Je considère que c’est indispensable. Les outils ont beaucoup évolué et continueront d’évoluer, mais c’est aussi grâce aux retours des entreprises utilisatrices. Pour moi, c’est une véritable piste de progrès pour l’ensemble de la filière Construction.